dimanche 21 octobre 2012

La guerre des générations n'aura pas lieu (suite et fin)

Pourquoi est-il impropre de parler de guerre des générations ?

Parce que le conflit n'est qu'une des relations possibles entre jeunes et moins jeunes. Les inégalités ne débouchent pas nécessairement sur des tensions. Mais aussi pour trois autres raisons.

Une faible conscience collective

Pourquoi les jeunes acceptent-ils leur sort sans broncher ? Tout d’abord parce qu’ils ont une faible conscience collective de la situation. Disposer de références et de valeurs communes ne nous suffit pas à développer un sentiment d’appartenance. La « génération Y » regroupe des personnes de statuts différents (étudiants, actifs, chômeurs…) qui ne cherchent pas à s’ériger en groupe d’intérêt. Faute de conscience et d’organisation politique, chacun met en place des stratégies individuelles pour s’en sortir. Le jeune héritier ne partage pas les mêmes attentes et ne dispose pas des mêmes ressources que le jeune roturier. Il existe même une concurrence intragénérationnelle comme en témoigne la course aux diplômes à laquelle se livrent les classes moyennes et aisées. 

Un faible rapport de force

En outre, les mobilisations collectives de la jeunesse sont des mouvements de rejet contre des réformes, jamais contre les générations précédentes ni contre les dettes qu’elles leur lèguent. La réalité n’est donc pas celle d’une guerre générationnelle, mais d’une paix entre les générations : une Pax Romana, selon la formule de Louis Chauvel, c’est-à-dire la paix imposée par le plus fort.
Ce rapport de force est d’autant plus faible que les jeunes sont régulièrement dénigrés. Les clichés pullulent pour dire comme ils seraient démotivés, peu engagés, pas prêts à travailler… Ces préjugés servent à légitimer une domination préexistante. 

Les solidarités intergénérationnelles

Les jeunes n’ont enfin aucun intérêt à se révolter car ils bénéficient du soutien de leurs aînés dans le cadre familial. La solidarité familiale est financière, mais pas seulement : les parents aident à se loger, à bricoler, à trouver du travail, à garder le moral, à effectuer des démarches administratives, fiscales ou bancaires, à assurer des tâches ménagères et domestiques, à garder les petits-enfants, etc.
Cette solidarité est d’ailleurs en partie réciproque puisque la solidarité est aussi ascendante : bricolage, réconfort, aide informatique, courses… À l’aune de ces échanges, le risque de conflit intergénérationnel est largement surévalué ! Il y a moins de lutte que de coopération intergénérationnelle.

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